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Reportages :

INTERVIEWS MUSICIENS - CHRISTIAN SéGURET VINTAGE GUITARE, NUMéRO 2

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INTERVIEW - Christian Séguret - Vintage Guitare - Numéro 2
REDACTEUR : JACQUES CARBONNEAUX
Vintage Guitare - Numéro 2 - laguitare.com
UN VRAI COUP DE COEUR !

Cela fait des années que je rêvais d'un magazine dédié à la guitare vintage et même si je m'y prends un peu tard pour vous le présenter, voici le deuxième numéro que beaucoup de passionnés comme moi vont dévorer en attendant déjà le prochain numéro qui sortira le 20 mars.

Avec plus de 80 pages pour 6,50 €, il est publié tous les trois mois. Avec une belle présentation et une belle mise en page, les articles sont de grandes qualités et quand on jette un oeil sur la présentation de l'équipe, on comprend pourquoi ! (voir pages suivantes).

Axé autour de quatre grands chapitres, il y en a pour tous les goûts, acoustique, électrique, Gibson, Fender, histoire, réparations etc... (voir sommaire sur les pages suivantes).

Bien évidemment quand on parle Vintage, on parle US mais pas seulement, un article sur la saga de la famille Jacobacci et un autre sur la restauration d'une Elgava montrent bien que l'Europe est aussi une source intarissable dans le domaine.

Les luthiers sont aussi présents dans l'équipe avec deux grandes pointures de la lutherie française : Franck Cheval et Gérard Beuzon.

Même les pubs sont intéressantes !! J'y ai découvert des magasins de guitares Vintage que je ne connaissais pas. Comme quoi !!

Et puis et surtout les photos... les photos sont magnifiques et font rêver. François Charle, grand spécialiste du vintage, nous offre de sublimes clichés. On comprend pourquoi ces pages sont nommées "Playmate" !!

Amoureux de la belle guitare, d'histoire et de musique, courez vite chez votre marchand de journaux et faites que ce magazine ne meurt pas dans l'oeuf !

Vous trouverez ci-dessous l'interview de Christian Séguret, rédacteur en chef de "Vintage" merci à lui !
Sur les pages suivantes, je vous propose le sommaire, la présentation de l'équipe et quelques pages de ce numéro.
 

INTERVIEW DE CHRISTIAN SEGURET

 
Jacques Carbonneaux : Je ne suis pas le seul passionné de guitares vintage à accueillir avec bonheur le magazine "Vintage guitare" mais il semble, en lisant l'édito du numéro 2, que cette aventure n'a pas été chose facile, notamment pour réunir l'équipe. Quelles sont les principales contraintes pour un tel magazine ?

 

L'univers des guitares - Christian Séguret - guitare

Christian Séguret : Les contraintes sont économiques tout d'abord. Jean-Jacques Voisin et Valérie Duchâteau ont été les premiers à croire en ce projet, même avant moi, et ce sont eux qui m'ont convaincu de la viabilité d'un titre uniquement consacré au vintage.
Vu les ventes très honorables du premier numéro, j'ai moi-même commencé à y croire, mais on est vraiment dans une niche très étroite, et le lectorat des magazines de guitare n'est pas extensible à l'infini.

En revanche, je pense qu'on touche avec ce titre un lectorat très expérimenté, très pointu, qui ne trouvait pas son bonheur dans les journaux de guitares plus généralistes, et qui du fait de son expérience est peut-être moins volatile. En bref, notre cible est petite, exigeante, mais fidèle. Il faut donc travailler autour de ce public restreint, et de faire un journal qui soit crédible et documenté mais sans crever les budgets.
Ce n'est pas simple. Heureusement mon carnet d'adresse bien fourni auprès des principaux acteurs vintage aux Etats Unis et en Europe me permet de les mettre à contribution et de limiter les frais.

La deuxième contrainte concerne l'équipe. Il est relativement facile de trouver quelqu'un qui écrive bien. Il est aussi possible de trouver d'excellents spécialistes sur des sujets précis. Il est moins évident de trouver quelqu'un qui puisse parler de son domaine de prédilection, et qui sache le faire avec style. C'est le cas, par exemple, de Franck Cheval. Les collaborateurs de ce calibre sont des perles rares, il faut les dénicher !

L'univers des guitares - Christian Séguret - guitare

- Vous avez comblé un vide avec la publication de "L'univers de la guitare" qui est la seule référence sérieuse en France, une prochaine réédition est-elle planifiée ?

Je crois qu'on est actuellement à la troisième édition du livre, et il a été traduit en cinq langues, donc il continue son petit bonhomme de chemin. Je ne sais pas si c'est la seule référence sérieuse en France.
N'oubliez pas qu'un des auteurs les plus réputés au monde en matière de guitare vintage est français, c'est André Duchossoir, qui est une référence dans le domaine. Et il y a de plus en plus de livres traduits de l'anglais qui paraissent ici, comme le magnifique ouvrage sur Fender des frères Kelly et de Terry Foster.
Je peux aussi vous annoncer qu'au mois de juillet sortira un livre qui devrait faire pas mal de bruit car il réunit 60 clichés grandeur nature de guitares légendaires, parmi lesquelles la Red Special de Brian May, la Selmer de Django et beaucoup d'autres. C'est le génial Max Ruiz qui a eu l'idée de ce bouquin, et qui a réalisé les photos. Le projet a été mené à bien avec l'aide de Gilles Devicq qui dirige cette entreprise colossale. ils m'ont demandé d'écrire des textes, en anglais et en français, pour chacune des guitares.
Nous venons de finir le projet qui est parti à l'impression. C'est un projet extraodinaire auquel je suis particulièrement attaché.
Ca s'appelle "The Foxy Lady Project."

- Le vintage est une notion qui diffère d'un acquéreur à un autre. Pour l'un c'est un instrument à jouer pour l'autre une pièce de collection, un bel objet qui faudra exposer ou revendre pour en obtenir un profit. Quel est votre point de vue à ce sujet ?


J'ai toujours été attentif à ne pas différencier, et encore moins opposer ces deux notions. Je ne connais pas beaucoup de guitaristes qui n'aient pas un peu, quelque part, une âme de collectionneur, ne serait-ce que pour des raisons pratiques et musicales. Et je ne connais pas beaucoup de collectionneurs qui ne soient pas un peu (voire beaucoup) musiciens.

Je m'oppose toujours farouchement à ce cliché qui voudrait que les collectionneurs soient des accumulateurs maladifs, sans discernement et sans scrupules, qui privent injustement les pauvres musiciens de l'instrument qu'ils méritent, forcément. Les collectionneurs ont fait monter les cotes, c'est vrai. Mais on oublie un peu vite que ces cotes élevées sont le meilleur garant de la préservation de ces instruments magiques.

Quand les Stratocaster des années 50 coûtaient à peine plus qu'une Strato neuve, on n'hésitait pas à les revernir, les customiser. Aujourd'hui on réfléchit, et c'est très bien. J'ai beaucoup d'amis collectionneurs. j'ai rarement rencontré de personnages arrogants ou nombrilistes dans ce milieu. En fait vu le plus souvent ce type de profil dans le milieu des musiciens, et je le dis d'autant plus facilement que je suis musicien moi-même. Je viens de faire une longue interview avec Ron O'Keefe, probablement le plus grand collectionneur de Rickenbacker au monde, et ce fut un plaisir sur toute la ligne. Le personnage est sympathique, cultivé, attentif, et j'ai adoré faire ce reportage qui paraîtra sur deux numéros tellement il a été disert sur le sujet.

J'ai interviewé nombre de rock stars durant les trente dernières années, et j'ai rarement ressenti ce type de satisfaction (quelques exceptions comme Bonnie Raitt, Albert Collins, Garth Brooks, James Burton, mais elles sont rares).

Bref vous m'avez compris, je suis un ardent défenseur des collectionneurs, et ce parti pris ne plait d'ailleurs pas à tout le monde, mais à mon âge on ne cherche plus à plaire à tout le monde! Si en plus ce collectionneur est doublé d'un musicien de talent, comme c'est le cas avec mon ami David Grisman, alors là on atteint le paradis !

- Le temps fait que les guitares actuelles seront les futures vintage. Pour les marques de légende qui ont contribué à l'avènement de la guitare, que deviendront les instruments produits depuis ces vingt dernières années ? Les méthodes de fabrication évoluent, la course à la production rendent les guitares inégales d'une série à l'autre, seront elles autant assumer l'effet du temps que les guitares d'antan dans un monde où tout ce qui est construit est déjà programmé pour être obsolète ?


Il est difficile de répondre rapidement à cette question. Je pense que, pour ce qui concerne les grandes marques de référence, la période des années 70 est définitivement la moins marquante, et la qualité a repris de façon plus ou moins évidente suivant les constructeurs au fil des années 80 et 90.
Je reste un peu perplexe devant le fait que la plupart des grandes marques se contentent aujourd'hui de décliner leurs produits phares, avec des variantes bien sûr (trop de variantes en fait, on y perd son latin) et je suis aussi un peu étonné de voir comment certaines grandes marques semblent faire peu de cas de leur nom.
Entre une Fender mexicaine et le haut de gamme du Custom Shop, il n'y a pas de comparaison possible. Même chose chez Martin : entre une D-28 Authentic et une de ces guitares en agglo et au vernis infâme sur lesquelles ils osent apposer leur logo mythique, je ne vois pas le rapport.

Je ne comprends pas qu'il puisse y avoir une telle disparité au sein d'une même marque. je trouve la politique de Gibson plus cohérente : tout ce qui porte la marque est du assez haut de gamme au minimum.
Les instruments plus économiques portent la griffe Epiphone.

Pour revenir à votre question, non je ne crois pas que tout ce qui est construit soit voué à devenir obsolète, simplement il est beaucoup plus difficile de s'y retrouver aujourd'hui qu'il y a 50 ou même 20 ans. Certains bradent un peu les marques, ont tendance à faire de l'argent facile en monnayant une réputation de plus de 60 ans, voire près de 200 ans pour Martin. je ne suis pas sûr qu'ils ne le paieront pas un jour.

- Depuis 1999, laguitare.com tente de changer les références du guitariste dans ses choix d'instruments en faisant la promotion des luthiers artisans. Est-ce de la science-fiction que d'imaginer dans un siècle, voir des marques comme Fender, Gibson, Martin et autres se faire supplanter par des noms comme Cheval, Quéguiner, Dupont, Vigier et autres luthiers de référence ?


Les supplanter peut-être pas, mais devenir des instruments vintage recherchés comme le sont aujourd'hui des D'Angelico, des Stromberg, des D'Aquisto, des Larson, très certainement. Je dis souvent qu'une Cheval de l'année (ou une Queguiner, ou une Monteleone, ou tout autre luthier de talent de votre choix) est déjà vintage. Une guitare n'a pas besoin d'avoir quarante ans d'âge pour mériter ce qualificatif. Elle est vintage dès sa construction si elle est "collectionnable". Vous pouvez garder un Cahors de coopérative en cave pendant 20 ans, il sera toujours imbuvable. Mais un Petrus de l'année sera destiné à être choyé, mis en cave, il s'améliorera d'année en année, comme une vintage.

- N'avez vous pas prévu un CD ou un DVD pour les prochains magazines ? car voir une belle Vintage, c'est bien mais l'entendre c'est mieux !


Ca serait bien sûr formidable, mais probablement irréaliste sur le plan économique pour le moment.

- Le prochain numéro de Vintage Guitare est prévu pour quand ?


Le numéro trois sort le 20 mars. Il y a plusieurs articles qui devraient faire référence, en particulier un article sur les guitares Rio, le premier à ma connaissance, et un long papier sur les Rickenbacker avec des informations exclusives.

- Quel est l'instrument vintage que vous chérissez le plus ?


C'est toujours celui que je vais avoir, mais que je n'ai pas encore! C'est un peu comme la fameuse phrase de Clemenceau, je crois : "en amour, le meilleur c'est quand on monte les escaliers"! Et la passion des guitares, c'est vraiment une histoire d'amour...

Propos recueillis par Jacques Carbonneaux - Mars 2011 - Sommaire et couverture du numéro 3

 
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