guitare avec laguitare.com (guitares, basses, lutherie, matériel guitare


BANCS D'ESSAI - GUITARES/BASSES LUTHIER - GéRARD AUDIRAC MODèLE ALYSCE PAR PHILIPPE SPINOSI

  
LUTHERIE - BANC D'ESSAI - Gérard Audirac - Modèle concert Alysce par Philippe SPINOSI
REDACTEUR : PHILIPPE SPINOSI

Voici un article qui fera encore couler beaucoup d'encre autour du nom de Gérard Audirac et de son génie insolent.

Bien plus qu'un banc d'essai, je vous propose ici le fruit de 30 ans de carrière du concertiste Phillipe Spinosi. Sous le regard affûté d'un chroniqueur lutherie habitué à l'univers du marché de la guitare classique, nous avons là un article rare et courageux....

Je n'en dirai pas plus car ce qui suit mérite d'être bref. Juste vous inviter à rencontrer cette guitare, Gérard Audirac et ses nouvelles créations lors de la deuxième édition de Graines de Guitare, Ce modèle sera également joué par Alice Ducoin dont je vous propose une vidéo ci-dessous.


Jacques Carbonneaux, le 21 juin 2014 - Gérard Audirac

En savoir plus sur Philippe Spinosi

 
Gérard Audirac - Modèle de concert Alysce - Table composite - barres cèdre par Alice Ducoin
 
Guitare de Gérard Audirac : Un nouvel horizon.

Une fois n'est pas coutume.

Parler de la guitare de Gérard Audirac me conduit d'abord à parler un peu de moi, pour expliquer comment je considère aujourd'hui cet instrument que nous sommes si nombreux à aimer.

J'espère que les lecteurs me pardonneront les propos qui vont suivre et qui pourront parfois choquer.

Ils ne sont dictés que par l'expérience d'un simple musicien qui a joué depuis 30 ans en concert et au disque sur toutes sortes de guitares ; baroques, romantiques, d'époque, modernes de tous luthiers, théorbes, etc.

J'ai eu énormément de guitares entre les mains.

En effet, ma vie de musicien et concertiste professionnel s'est doublée pendant plusieurs années de celle de «chroniqueur lutherie» pour un magazine bien connu consacré à la guitare classique.

Curieux métier où l'on vous demande d'essayer des instruments par dizaines, venus de partout. Avec la responsabilité de rendre un verdict, un jugement sur l'objet que vous avez entre les mains, qu'il soit sorti d'une usine à guitare chinoise, d'une manufacture espagnole, ou bien de l'intimité de l'atelier d'un artisan solitaire et passionné.

Trop souvent, je me suis vu confier pour essai des instruments joliment construits mais que je trouvais sans intérêt musical. Nommés pompeusement instruments de concert, ils ne m'inspiraient qu'un mot : » inutile ».

J'ai donc fini par me lasser de cette activité, qui risquait de transformer une subjectivité personnelle en label officiel de qualité et qui me valait des sollicitations innombrables de la part du monde de la lutherie.

Au risque de faire de la peine à certains, je ne vois aujourd'hui plus d'intérêt à écrire pour présenter une guitare. Car je pense qu'aucune n'apporte quoi que ce soit de neuf dans le cours de l'histoire de l'instrument.

J'assume pleinement cette idée : plus rien de ce qui est proposé aujourd'hui n'est utile à l'évolution de la lutherie de la guitare classique, et encore moins aux guitaristes.

Par «utilité», j'entends celle de l'innovation, ce qu'elle apporte de neuf dans la pseudo «longue tradition héritée de la nuit des temps».
Les luthiers aiment souvent dire qu'ils sont « héritiers d'une tradition et qui se perpétue à travers leurs instruments ».
A quoi certains ajoutent qu'ils font «progresser la tradition» ! Ce qui est un comble.

Mais qu'est ce que la tradition ?
J'affirme aujourd'hui (je reste ouvert au débat) qu'il n'y a pas de tradition en matière de guitare. Plutôt des ruptures. Il apparaît que la guitare est, à travers les siècles, sujette à de très nombreux changements.

Ils sont le signe d'une véritable insatisfaction des luthiers et des guitaristes.

Quel rapport entre les plus lointaines guiternes rustiques des troubadours et une guitare baroque de Voboam ou Stradivarius ? Quel rapport entre celles-ci et la «six choeurs» de Boccherini ?
Ou encore entre cette dernière et une belle Lacôte ? Et même en restant à l'époque romantique, entre une Lacôte française, une Stauffer autrichienne, une Fabricatore napolitaine, ou une Panormo anglaise ? Quels rapports entre toutes celles-ci et une Ramirez ?

Je n'en vois qu'un: les luthiers qui étaient derrière ces créations cherchaient sans cesse de nouvelles pistes pour fabriquer de meilleurs instruments, pour combler leurs insatisfactions. Pour réussir, ils n'hésitaient pas à s'affranchir du passé. Cette évolution progressive s'est produite par paliers qui correspondent à peu près à l'évolution du style musical.

A chaque palier, on trouve des génies et des médiocres.
Les génies font avancer les choses et les sauts d'un palier à un autre se produisent sans obsession idolâtre de la tradition.

C'est donc le contraire de ce que l'on constate depuis près d'un siècle chez les luthiers du monde entier, chez les prétendus experts-collectionneurs qui en font leur business - particulièrement en France - et chez les guitaristes qui « gobent » ce que leur font croire les premiers.

Au passage, dénonçons le fétichisme instrumental des guitaristes, entretenu par quelques luthiers hyper-connus, qui utilisent leurs statut de «gourous», pour fourguer, avec l'assistance de supplétifs-concertistes également gourous, des instruments qui, si beaux soient-ils, sont identiques depuis des décennies, et à des tarifs dictés par la cupidité et d'évidentes intentions spéculatives. J'assume ces propos, qui ne concernent pas 100% des luthiers, car il subsiste heureusement une poignée d'artisans sincères, mais si peu nombreux.

Nous sommes hélas sur le même palier depuis bientôt un siècle et rien, même chez les «stars» de la lutherie, ne laisse espérer un changement d'étage. Je pense aujourd'hui que la grande majorité des luthiers sont en panne, sans doute en toute bonne foi, mais que l'issue leur sera fatale, car la lassitude gagne peu à peu les guitaristes.

Une fois tout ceci posé, il est facile de comprendre pourquoi, à mes yeux, la guitare de Gérard Audirac est le ballon d'oxygène tant attendu pour sortir de l'asphyxie mentale et musicale ambiante.

La voici telle qu'elle est à mes yeux et mes oreilles et ce qu'elle m'évoque

Une ligne éclatante

Ce n'est pas la première fois qu'on voit une guitare sans rosace. Mais Gérard Audirac est le premier qui réussit avec talent à effacer de si belle manière cette ouverture que l'on croyait éternelle. La guitare communique avec le monde extérieur grâce à deux grands évents taillés dans les « épaules » de la caisse et disposés en miroir « avant/arrière ». Avec cette ligne pure, Audirac dépasse l'acte iconoclaste pour atteindre la pureté d'un design artistique. La tête aussi est une réussite absolue, qui remise au rayon des antiquités les vieux dessins à frises ou volutes sculptées.
On est dans une esthétique résolument moderne que je trouve personnellement de très bon goût.

Une sonorité sans égal

Or le dessin de cette guitare n'est pas une fn en soi. Il est le fruit d'une vraie réflexion sur l'acoustique et le son. Je n'entrerai pas dans les détails, car Gérard Audirac est le plus habilité à parler de son projet sonore. Mais je peux dire que la disparition de la rosace a d'énormes conséquences sur les qualités vibratoires de la table. L'architecture de l'instrument peut donc être totalement repensée, pour le chevalet comme pour le barrage.
Pour parvenir à ses fins, Audirac a fait sauter des verrous jusqu'ici érigés en dogmes.

Et, une fois la route ouverte, le champ d'exploration semble immense.

On peut être dérouté par les premières notes, et je l'ai moi-même été. Mais, rapidement, la perplexité cède la place à l'enthousiasme. Pour comprendre le son de cet instrument, il ne faut pas chercher à reproduire ce que l'on fait habituellement, mais accepter l'idée qu'on peut désormais faire beaucoup plus et beaucoup mieux.
Difficile de décrire la sonorité sans tomber dans de vieux clichés. Pourtant, il faut le dire, cette guitare est très puissante, très égale, très continue, très longue en sustain, très claire, très homogène. Toutes ces qualités sont amenées à un niveau rarement atteint. Les basses sont profondes et nettes à la fois, et les aigües sont cristallines et charnelles.
Mais tout est totalement équilibré, où que l'on soit sur le manche et dans les cordes.

Du chant grégorien

J'ai divagué de longues heures sur ce manche agréable et facile, pour chercher des limites que je n'ai pas trouvées.

En jouant mélodiquement dans le registre médium sur toute l'étendue des cordes ré et sol je me suis amusé à imiter les lignes d'une sorte de chant modal ancien. La plénitude et le continuum des voix sacrés sont ce qui me semble le mieux illustrer les possibilités offertes par le passage des médiums d'une continuité époustouflante sur tout le manche.
Je ne l'aurais pas cru, mais cette guitare peut faire entendre quelque chose de vocal et serein qui pourrait évoquer un chant grégorien.

La facilité qui provoque l'exigence

Mais surtout, ce qui m'a le plus séduit dans cette sonorité, c'est son immense obéissance au guitariste.
Je sais que le concept peut paraître bizarre, mais je ne l'ai jamais ressenti à ce point avec d'autres instruments.
Tout ce que vous voulez faire, la guitare le fait. Le corollaire étant que si vous n'avez rien à dire, la guitare ne dira rien à votre place.
C'est le contraire du concept de la guitare « colorée en excès», qui prend le devant et laisse fait croire à une émotion musicale là où il n'y a que boursouflure de timbre (suivez mon regard, il va dans de nombreuses directions...).

C'est donc un instrument de musique qui met le guitariste face à lui-même, et du même coup suscite l'ambition aussi bien qu'il peut souligner la paresse musicale. Mais je suis certain qu'une guitare qui donne aussi facilement provoque l'excitation et stimule l'exigence.

L'exigence récompensée


L'exigence est récompensée lorsque le crescendo de vos rêves se réalise sans faiblir, lorsque le timbre est présent et égal dans les fortissimo comme dans les effleurements de cordes, lorsque les accords sont intelligibles, lorsque les liés de main gauche sont aussi nets que des attaques de main droite, lorsque vous réalisez que vous pouvez vous replonger dans vos interprétations et que soudain vous avez plein d'idées neuves. Cette guitare, c'est tout cela.
L'acoustique repensée

Je me suis amusé à me promener autour d'un ami qui jouait sur l' »Audirac » et j'ai été fort surpris de l'entendre presque aussi bien lorsque j'étais derrière lui. C'est aussi une conséquence de l'architecture de cette guitare. Le son diffuse dans la salle d'une façon beaucoup plus « liquide » et uniforme, et l'on est moins sensible à des déperditions de couleur.

J'ai aussi constaté que la présence d'un évent directement sous la tête du guitariste est très rassurante, car le retour direct du son évite de forcer lorsqu'on joue dans une très grande salle.

L'oeuf de Christophe Colomb

Lorsque Gérard Audirac m'a expliqué son concept et son travail, j'ai été impressionné et pourtant je ne peux m'empêcher de penser que ses idées sont géniales car elles sont simples. Mais si elles sont simples, pourquoi n'ont- elles pas été réalisées plus tôt ? On en revient au poids de la «tradition» qui verrouille l'innovation. Il faut des têtes brûlées pour pulvériser ce mur ou sauter par-dessus.

On a enfin sauté la barrière

J'ai lu beaucoup de stupidités sur internet à propos de cette guitare. Particulièrement des avis d'experts autoproclamés,
qui claironnent sur les forums que cette guitare ne peut pas fonctionner d'un point de vue scientifique.
Cela me rappelle Sikorsky, grand ingénieur aéronautique. A ceux qui lui disaient que son hélicoptère ne pouvait pas voler mathématiquement, il répondait : » Le scarabée ne peut pas mathématiquement voler. Le scarabée ignore les mathématiques, s'en fout, et il vole »...

On y est! Il l'a fait ! Cette guitare existe ! Et elle marche. Il faut que les guitaristes l'essayent et acceptent de vivre dans une nouvelle ère, mais surtout qu'ils arrêtent d'écouter les gourous qui les maintiennent dans un état de clientèle captive.

Une guitare d'époque

J'ai beaucoup joué et travaillé sur les répertoires anciens sur guitares d'époque. Je repense avec émotion à cette Lacôte, avec laquelle j'ai fait des dizaines de concerts et plusieurs disques. J'aime aussi ma vieille guitare baroque
et son répertoire.

Aujourd'hui j'ai trouvé enfin leur homologue moderne. C'est-à- dire une guitare qui correspond à son siècle et à sa culture.

La guitare de Gérard Audirac est un instrument qui assume son siècle et l'instant où nous sommes dans la civilisation. Elle assume la rupture et du coup le progrès, le vrai. C'est en cela qu'elle est de la race de ma Lacôte.
Pas parce qu'elle prétendrait en être l'héritière, ou encore (déjà entendu) le prolongement de l'idée de je ne sais quel Torres ou Ramirez. Non, elle est de la race des instruments qui se suffisent à eux- mêmes et qui n'ont besoin d'aucune justification musicologique, car il servent magnifiquement à faire de la musique.

Un futur instrument ancien

C'est parce qu'elle nous fait enfin gravir un échelon dans le possible musical, alors que nous étions plantés au même niveau depuis un siècle, que cette guitare accèdera un jour au rang d'instrument ancien, au sens ou nous lui reconnaîtrons la meilleure adéquation avec le patrimoine musical que les guitaristes défendront avec elle.

Philippe Spinosi, le 21 juin 2014


 
ARTICLES RELIES
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
29-12-2015
Gérard Audirac
Au salon de la guitare de la Bellevilloise 2015
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
24-02-2015
Gérard Audirac
Exposera ses guitares au Salon de la Belle Guitare
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
06-11-2014
Gérard Audirac
Modèle Jazz Nylon Philippe Donnat
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
04-11-2014
Gérard Audirac
Alysce concert composite épicéa/cèdre
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
24-09-2014
Gérard Audirac
Alysce composite aux automnales de Ballainvilliers 2014
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
15-08-2014
Gérard Audirac
Nouveaux modèles Alysce
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
15-08-2014
Gérard Audirac
4 ème interview du luthier
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
07-08-2014
Gérard Audirac
Modèle Alysce Composite
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
19-09-2013
Gérard Audirac
Trois modèles de concert Alysce
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
06-09-2013
Gérard Audirac
Modèle de concert composite à Graines de Guitare
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
30-08-2013
Gérard Audirac
3ème Interview du luthier
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
03-05-2013
Gérard Audirac
2 modèles classique de concert à Guitare au Beffroi
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
09-03-2013
Gérard Audirac
3 Modèles etudes double bouches au comparatif
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
09-03-2013
Gérard Audirac
Modèle de concert double bouches
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
09-03-2013
Gérard Audirac
Les prochains modèles à Graines de Guitare
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
15-11-2012
Gérard Audirac
Double bouches de concert au salon des luthiers issoudun 2012
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
04-10-2012
Gérard Audirac
Modèle d'étude 2012 aux automnales de Ballainvilliers
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
19-06-2012
Gérard Audirac
Quatre Audirac sur une pièce composée par Arnaud Dumond
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
07-11-2011
Gérard Audirac
Cordes acier au salon de lutherie 2011
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
18-09-2011
Gérard Audirac
Comparatif de sept modèles concert
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
30-07-2011
Gérard Audirac
2ème interview du luthier
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
30-04-2011
Gérard Audirac
Modèle hybride à deux bouches nylon ou acier
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
30-04-2011
Gérard Audirac
1ère rencontre avec un luthier pas comme les autres
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
04-03-2011
Gérard Audirac
Modèle Conservatoire double bouche
Cliquez sur l'image pour accder  l'article
12-01-2002
Gérard Audirac
Guitare classique de Grand Concert
Cliquez sur l'image pour accder  l'article


Culture Guitare