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PRéSENTATIONS - COP17 LA FACTURE INSTRUMENTALE EN DANGER

  
LUTHERIE - COP17 - LA FACTURE INSTRUMENTALE EN DANGER ?
REDACTEUR : Jacques CARBONNEAUX

La 17ème session de la Conférence des Parties de la CITES se tiendra du 24 septembre au 5 octobre à Johannesburg (Afrique du Sud).

Les prochaines décisions qui seront prises cette année en Afrique risquent de bouleverser plusieurs secteurs de la facture instrumentale quant à l'utilisation de certaines essences.

Une proposition va être présentée visant à classer l'ensemble du genre Dalbergia (le palissandre) à l'annexe II de la CITES. (Plus d'infos).

Si on ne peut que saluer une réglementation plus soutenue quant à l'utilisation jusqu'ici irraisonnée et donc destructrice des bois exotiques menacés, on est en droit de s'inquiéter si cette mesure, comme il est souhaité, est acceptée et étendue aux produits finis. En effet, contrôler le commerce des bois bruts est une chose, réglementer le commerce d'instruments en est une autre.

Ceci aurait pour conséquence pour le fabricant une multiplication des démarches administratives à effectuer, avec notamment des licences d'exportation à obtenir pour chaque instrument comprenant du Dalbergia vendu hors de l'Union européenne.

L'impact d'une telle mesure augmente en fonction de la production du fabricant. Plus il produit d'instruments et plus particulièrement à l'export, plus il sera lourdement impacté.

Un luthier seul dans son atelier, avec une production annuelle ne dépassant pas la douzaine d'instruments par an, devra obtenir une licence d'exportation s'il vend en dehors des frontières de l'Europe des guitares réalisées avec les bois inscrits en annexe II. Sachant que la majorité des luthiers guitares vendent sur le territoire et exportent peu, l'impact est de moindre importance. Ce n'est pas le cas des vents dont plus de 80% de la production est exportée. De plus, pour des entreprises comme Selmer ou Buffet-Crampon, dont la capacité de production est de l'ordre de plusieurs milliers d'instruments par an, si la mesure présentée à la Cop17 est étendue aux produits finis, je vous laisse imaginer les conséquences désastreuses pour ces entreprises du patrimoine français. (En savoir plus sur l'annexe I et II).

Que faire ?

L'APLG et plusieurs autres membres se mobilisent au sein de la CSFI et avec l'aide précieuse de la DGE (Département Générale des Entreprises du ministère de l'économie), pour faire pression et faire entendre la voix des fabricants d'instruments.

La première des choses est de se faire entendre et d'interpeler les instances concernées. La Chambre Syndicale (CSFI) a d'ores et déjà fait parvenir un courrier à la personne en charge de ce dossier au bureau français de la CITES, des copies ayant été envoyées notamment au premier Ministre, au Ministre de l'Economie, à la Ministre de l'Environnement et à la Ministre de la Culture. (Voir le communiqué de presse de la CSFI envoyé à de nombreux médias nationaux.)

Et si la mesure passe, quelles alternatives ?

- Les différents projets mises en place autour des bois non exotiques doivent être soutenus, expérimentés et diffusés plus largement, comme le Léonardo Research Project , le projet Ethiq avec l'utilisation du Bambou présenté à la Bellevilloise et également à Berlin, mais aussi les initiatives de beaucoup d'autres luthiers utilisant des bois indigènes (suivre The HGGS 2016 Local Wood Challenge).

- Suivre les intiatives visant à favoriser la plantation, pas d'un arbre, mais de plusieurs, à l'instar de l'importateur de bois Madinter qui travaille déjà avec la firme Taylor au Cameroun.

Des solutions et des alternatives sont donc clairement identifiées face à la généralisation des réglementations des espèces en voie de disparition mais c'est également au consommateur de participer à ce changement.

Et nous musiciens, quelles seraient les conséquences ?

Dans l'hypothèse que cette mesure passe et si vous achetez une guitare, réalisée avec un bois classé en annexe II, sans en réclamer le permis au fabricant, vous vous mettez en infraction avec la loi et vous ne pourrez jamais passer la frontrière avec, sous peine de voir détruire votre bien à la douane. C'est déjà le cas par exemple avec le palissandre de Rio, classé en annexe I. Le fabricant doit avoir trace du permis d’importation délivré par l’organe de gestion du pays d’importation. Il devra également avoir un permis à l'export si la vente se fait hors de France.

De plus, il est évident que les prix des guitares utilisant des bois classés en annexe I et II vont augmenter.

A suivre

Je ne manquerai pas de vous tenir au courant des mesures qui seront actées lors de cette 17ème session des parties de la CITES.

Jacques Carbonneaux - le 17 Septembre 2016 - https://cites.org - Connaître le classement CITES d'un bois

 
 
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