guitare avec laguitare.com (guitares, basses, lutherie, matériel guitare


Reportages :

DISQUES CD - PHILIPPE CAUVIN COLLECTION 6 CD

  
CD ALBUM - Collection « 6 CD » Philippe Cauvin - Musea records
REDACTEUR : BOB BONASTRE

Se retrouver face à une telle œuvre et se dire que l'on doit rendre compte au public de l'étendue du travail d'une vie... Moment de vertige, pour ne pas dire de grande solitude...

Six albums, présentant une photographie kaléidoscopique de l'oeuvre d'un musicien unique, totalement hors normes. Cinq pèriodes différentes de sa carrière, et un disque interprété et arrangé par un de ses fils. L'ampleur même de cette production, révèle la passion du musicien qui ne s'est visiblement pas soucié une seconde d'un quelconque « plan marketing ».

Voici donc le résumé des sensations d'un voyage autour de la planète Cauvin...

- Le premier album , « Frôlements », enregistré quelque part entre 1978 et 1994, jette un pont entre les univers de Léo Brouwer et Christian Vander. La guitare arpège, la voix s'envole, les claviers de Serge Korjanewski, le sax de Guillaume Julien et les percussions de Didier Lamarque soutiennent une poésie à la fois brûlante et lyrique.Musique vertigineuse, à fleur de peau.

- Le second album, »Des mots sur des notes » (1986),basé sur la mise en musique des paroles de Maïté Dallet, est une incursion dans le monde de la « variété », mais se révèle au final plus « rock progressif ». Suggéré par le producteur et ami fidèle Bernard Dauman, ce format s'avère, à mon sens, trop restrictif pour la créativité débordante du compositeur. On note la présence, en plus de Serge Korjanewski , Didier Lamarque et Guillaume Julien déjà présents dans le premier album, d'Antoine Illouz (trompette) et de Basile Leroux (guitares).

- Le toisième album, »Philippe Cauvin Groupe » (1986) , enregistré avec Olivier Grall (claviers, Laurent Millepied (guitare synthé et classique) et Marc Zerguine (batterie) dévoile un « jazz-rock »(terme décrié depuis mais pas remplacé pour autant...) au sens d'une musique expérimentale (King Crimson, Magma, Terje Rypdal) Pas de démonstration de virtuosité, mais la volonté d'exposer une musique très écrite et qui aujourd'hui encore, malgré les sons très typés de l'époque, n'a pas trouvé d'équivalent contemporain.

- Le quatrième opus, « Nu »,enregistré en live en 2014 sur des textes de trois auteurs, se situe dans la période post « dystonie fonctionnelle », maladie neurologique caractéristique des instrumentistes, et qui réduit plus que considérablement les capacités techniques du musicien.

Malgré cela, Philippe Cauvin réussit à nous faire voyager avec sa technique adaptée à son handicap, dans un paysage musical totalement à part, où il dévoile des aspects percussifs de la guitare « inouïs ». Celle-ci sonne comme un ensemble de musique contemporaine. La voix joue avec elle. Ici, la virtuosité pure a laissé la place à une pensée musicale, moins liée à l'instrument qu'à la sensibilité de l'artiste.

- Avant dernier ouvrage, »Philippe Cauvin Except » (2008-2015) présente un trio coloré jazz et acoustique par l'heureuse présence du vibraphone et celle des marimbas (Pascale Martinez) et d'une batterie discrète mais mais toujours pulsante (Lulu Bret). C'est un peu la « renaissance guitaristique » du musicien, porté par un trio très interactif et évoluant sur une ligne de crête harmonique et rythmique aiguisée et vertigineuse. Et toujours, cette voix fragile et incantatoire.

- Enfin,le dernier album, « Guitarvision » révèle l' « autre » fils de Philippe, Jordan Cauvin.
Celui-ci, jouant les musiques écrites par son père et avec l'aide de son frère Thibault, concertiste internationalement reconnu, et d'Antoine Layère,Guillaume Thévenin et Jonathan Lamarque aux percussions et batterie, laisse tout son jeune talent s'exprimer. Et il en a beaucoup. Autant avec la guitare classique ou électrique qu'avec le piano ou la basse, il nous dévoile, à travers ses propres arrangements, un univers digne de son compositeur de père. Une technique déjà sûre, une maitrise harmonique et rythmique étonnante pour son jeune âge, Jordan ne pouvait pas échapper à la bouillonnante nébuleuse créative de la famille
On notera aussi l'étonnant travail de restauration et de « re-création »sonore de Guillaume Thévenin et la prise de son et de mots remarquable de Thierry Payssan.

Philippe Cauvin a une place unique au Panthéon des instrumentistes-concertistes. Cette collection s'adresse à tous ceux qui ont envie d'ouvrir une fenêtre sur un autre paysage musical, et sentir le vent fort de l'inspiration et de la grâce dérouler sa danse libre et indomptée...


Bob Bonastre - le 22 Mars 2016 - Le site web


Philippe Cauvin / Le Rocher de Palmer - Cenon
 
Culture Guitare