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DISQUES CD - SANSEVERINO LE PETIT BAL PERDU

  
CD ALBUM - Le petit bal perdu - Sanseverino
REDACTEUR : ERIC TOLLET
 
Sanseverino - Le petit bal perdu en studio (EPK, part 1)
 

Le petit bal perdu - Sanseverino


Quand Sansévérino annonce un nouvel album, on se demande toujours ce qu'il va bien nous pondre tant il fait partie des bons artistes Français des plus éclectiques avec une vraie personnalité d'extra-terrestre.

Hé ben le Sansev comme on l'appelle, il nous sort « Le petit bal perdu » qui devait d'ailleurs s'appeler « C'était bien », premier titre donné à l'époque à cette chanson éponyme, issue d'une des treize chansons de notre patrimoine des années 30 à 70 qu'il reprend dans cette perle de nouvel album.

Beaucoup se sont essayés à l'exercice dont Patrick Bruel qui nous avait concocté le double album « Entre deux » en 2002, avec des chansons Françaises anciennes reprises assez joliment dans le style d'époque.

Les gènes de Sansev ne pouvaient pas se contenter d'un « cover » en copier/coller et il nous offre une « revisitation » complète de tous ces titres arrangés à la patte Sansev, swinguant et « Manouchant à donf » comme à son habitude … on sent bien à l'écoute le plaisir que Sansev et sa bande de très bons musicos se sont donnés.

Les afficionados de Sansev (dont je suis) vont certainement adorer mais les puristes du patrimoine risquent d'être un peu déroutés par le résultat car le bougre n'a pas hésité à cette appropriation que jugerons certains coincés comme un irrespect de nos valeurs Françouaises !

Ça débute très fort dans le Manouche avec « Johnny tu n'es pas un ange » emprunté à la môme Piaf (1953) qui doit bien se demander ce que viennent foutre là ces chorus endiablés de violon et de guitare Selmer qui s'intercalent entre chaque couplet … c'est sûr que ça va l'faire dans les roulottes !

« Un dur, un vrai, un tatoué » que Fernandel avait quasi immortalisée en 1938 est ici ressuscitée avec une intro à foutre les chocottes et des riffs d'orgue et de mandoline très bien venus pour que le mauvais garçon pousse quelque cris de voyou et se présente.

Avec « En sortant de l'école » de Jacques Prévert, Yves Montant se la jouait pépère avec ce texte très poétique (1962). Le pépère Sansev la chante calme mais avec un tempo décuplé porté par l'accordéon et un final encore plus rapide avec guitare saturée … fallait oser mais la poésie est bien là.

Et nous voici maintenant avec Charles Trenet et son « Nationale 7 » (1959), ode à l'ex route mythique des vacances vers le sud remplacée désormais par l'autoroute et donc un bon boulevard pour une envolée vers le swing Manouche avec des breaks de contrebasse tip-top et de somptueux chorus de guitare et violons … la route défile superbement.

Mireille qui n'était pas très Rock'n Roll doit un peu tousser car son « Ce petit chemin » (1933) n'est pas, à mon avis, très bien servi par le choix du rythme un peu rock. Au début j'ai été emballé par l'intro à la contrebasse mais à l'arrivée du texte et surtout au refrain, j'ai un sentiment de « ça ne colle pas » même si ça envoie du bois côté arrangement musical et accompagnement.

Avec la version originale de « Sombre dimanche » interprétée par Damia (1936) on pouvait friser la tentative de suicide par désespoir d'un amour rompu. Sansev nous remet en selle avec un bel arrangement tout en conservant l'émotion du cœur brisé. Il se paye même le luxe d'une intro à la guitare classique avec quelques arpèges empruntés au célèbre hit « La catédral » du guitariste classique d'Amérique Latine Agustin Barrios enchainant avec un dialogue guitare/violon bien rythmé et des plus réussi, soutenant toute la chanson. Là c'est chapeau bas Mister swing.

Boris Vian n'est pas oublié avec « La java des bombes atomiques » (1954) que Serge Reggiani a popularisée et interprétée toute sa vie. C'est la chanson la plus conforme à l'original un peu plus rythmée certes mais qui ne heurtera pas les puristes. En plus, la voix du Tonton pour les répliques est bien léchée ce qui donne un duo bien venu avec Sansev et rajoute des ondes sympas à cette bombe.

Et voici le fameux « Le petit bal perdu » donnant son titre à l'album, chanté à l'origine par Juliette Gréco (sous le titre « C'était bien » 1961) et ensuite par Bourvil. Bon … j'espère que Sansev me pardonnera mais là il y a outrage car je n'ai pas retrouvé dans sa voix l'émotion qui devrait se dégager de cette chanson et après pas mal d'écoutes ben … je ne me souviens plus non pas du nom du petit bal mais de la chanson ! Dommage … d'autant plus que je suis persuadé qu'avec le même arrangement et un tempo beaucoup plus lent, Sansev aurait pu nous faire pleurer en chantant les amoureux du petit bal.
Les guitaristes moustachus adeptes de Brassens (on en connait tous au moins un !) vont avaler leur pipe avec « Supplique pour être enterrer à la plage de Sète ». Ça démarre d'abord calmos à la Georges jusqu'à un quatre/quatre de batterie qui conduit à une envolée crescendo pour les couplets suivants avec même une discrète guitare rock et pédale Wouah Waouah derrière. Le dernier couplet est plus soft et la Wouah Wouah est remplacée par un chorus de mandoline. C'est sûr que le Georges va se délecter … certainement plus que les guitaristes moustachus qui copient Brassens.

Sansev avait déjà repris la chanson « Il suffirait de presque rien » (popularisée par Serge Reggiani) dans son album de 2010 « Les embouteillages » et il la chante volontiers dans ses concerts live depuis longtemps. Il nous offre ici un nouvel arrangement, bien sûr à la manouche, avec une superbe intro lente à la guitare rejointe ensuite par l'accordéon et le violon pour démarrer au pas de course la chanson. Si on rajoute à ça les slaps de contrebasse entre chaque couplet et un couplet/refrain où se succèdent les solos de guitare, d'accordéon et de violons, y a pas à dire : c'est du bel ouvrage.

Certainement inconnue de beaucoup, « La fille de Londres », paroles de Pierre Mac Orlan, musique originale de Marceau Verschueren, chantée par Germaine Montéro en 1952, a été reprise aussi par Catherine Sauvage. C'est une histoire de rat dans la chambre d'une fille à Londres qu'elle câline et qu'elle remplace par un chinois … Un petit délire qui n'a pas échappé à Sansev qui se délecte de cette perle en y rajoutant des parties de Banjo et des breaks de batterie. Sansev a gardé l'esprit de la chanson et cite même Marc Orlan et Germaine Montéro en fin de chanson. Bel Hommage.

« Les roses blanches » a été créée par Berthe Sylva (1926) et chantée également à cette époque par Damia puis ensuite par Edith Piaf … le tube quoi repris même par Céline Dion ! Un peu gonflé le Sansev de s'y aventurer surtout avec cette intro digne d'un Western à la Ennio Morricone et ce rythme qui ne laissent pas la place au côté tragique de la chanson … Bref là, j'ai pas accroché.

L'album s'achève magnifiquement avec « Marcel » composée par Pierre Perret en 1967 qui montre bien le respect de Sansev pour Perret. Une vraie valse tendre portée par l'accordéon et qui sert un super texte de notre Pierrot national. Vraiment rien à jeter dans cette interprétation et une clôture en beauté.

Les musiciens de Sansévérino :

- Christian Seguret, mandoline et mandole
- Christophe Cravero, violon, violon alto et orgue
- Xavier Nikci, contrebasse
- Hervé Legeay, guitare
- Lionel Suarez, accordéon

- Le site officiel de Sansévérino
- Le forum des fans de Sansev pour l'écoute des versions originales des chansons de l'album

Eric Tollet - Le 18 septembre 2014
 
Sanseverino - Le petit bal perdu
 
 
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