de Hyperion » 18 Avr 2012, 12:08
Salut,
Je vous propose, ci-dessous, l'introduction de ma méthode de guitare sur les modes :
Les modes ne sont pas des morceaux de gamme majeure
Une erreur souvent commise par les débutants (et malheureusement aussi par certains profs), est de présenter les modes comme une gamme majeure dont la fondamentale serait un degrés différent de « I » : par exemple Dorien est souvent présenté comme une gamme majeure en partant du deuxième degrés !
Approcher les modes de cette manière est le meilleur moyen de ne jamais rien comprendre aux modes : cette approche est au mieux un moyen mnémotechnique pour retrouver le doigté de chaque mode, mais ne donne aucune notion quand à la couleur et aux altérations du mode, qui sont pourtant l'essence même des modes.
Un mode doit absolument être considéré comme une gamme majeure dotée d'altérations bien spécifiques qui lui donnent sa couleur. Par exemple : Dorien est une gamme majeure dotée de 2 altérations : b3 et b7, ce qui illustre sa couleur mineure (b3) dominante (b7). Comme on le verra dans la suite de ce cours, Dorien s'emploie sur les accords m7 isolés, et constitue le choix de base pour ce type d'accords.
Approche tonale : 1 tonalité – 1 gamme
L'approche tonale consiste à chercher la tonalité majeure ou mineure d'une suite d'accord et à phraser en utilisant la gamme correspondante : majeure diatonique, mineure naturelle, mineure harmonique, etc...
Si on a une approche tonale, alors il est inutile de se poser la question de quelle gamme/mode utiliser sur un accord en l'isolant des autres : par exemple : inutile d'isoler l'accord "V" d'une cadence, soit G7 dans une cadence de C comprenant Dm7 G7 CM7.
Note : rappelons qu'une cadence simple contient les accords II V I de la tonalité.
Dans l’approche tonale on jouera la tonalité du « I » sur toute la cadence : on utilisera la gamme de C majeur sur Dm7 G7 CM7.
Approche modale : 1 accord - 1 mode
L'approche modale consiste à jouer le mode correspondant à un accord isolé : c'est à dire un accord non rattaché harmoniquement à une tonalité (ne faisant pas partie d'une cadence, par exemple).
Les différents degrés d’une gamme prennent leur couleur par rapport une référence, constituée le plus souvent par la fondamentale de l’accord : sans référence, pas de couleur !
Sans accord : pas de mode ! Les modes ont un sens harmonique par rapport à un et un seul accord. Hormis quelques exceptions : un mode perd sa couleur s'il est joué sur plusieurs accords consécutifs : ce point est très important dans la compréhension des modes.
La fondamentale, ou la basse de l'accord, joue donc un rôle primordial car c'est en fonction de cette référence que va s'exprimer la couleur de chaque degrés du mode.
Pour illustrer ceci, si on considère le Lydien, caractérisé par son altération #4 : la couleur lydienne de la #4 n'existe que par rapport à la fondamentale du mode, et non par rapport à un autre degrés.
Par exemple : en C Lydien, le F# ne prends sa couleur de quarte augmentée que par rapport à la fondamentale (C). Si on joue C Lydien sur un accord de GM7 : ca sonnera parfaitement juste car C Lydien est relatif à G Ionien, mais ça n'a aucun sens , car C Lydien sonnera exactement comme un G Ionien sur un accord de GM7 !!!!!
Quand on décide d’avoir cette approche « un accord – une gamme » : il est selon moi très important de toujours décrire une gamme que l’on joue sur l’accord en la chiffrant par rapport à la fondamentale de l’accord
Exemple qui a du sens : jouer G Mixolydien sur un G7 isolé, c'est à dire un G7 ne faisant pas partie d'une cadence en C.
A contrario, jouer D Dorien sur un accord de CM7 n'a absolument aucun sens.
Si on choisi de raisonner « par accord » (et non pas par "cadence" ou par "tonalité") c’est l'« approche modale », mais on n’est pas pour autant dans la « musique modale ».
Musique modale versus Approche modale
Il faut différencier les modes en tant qu’outil harmonique, c'est à dire l'« approche modale », de la « musique modale », car ce sont 2 notions séparées.
La musique modale est centrée sur l'harmonie et les "climats", ou "couleurs" harmoniques ; contrairement à la musique tonale qui est centrée sur la mélodie.
En musique tonale : l'harmonie (les accords) est "au service" de la mélodie (c'est une harmonie d'accompagnement), en musique modale c'est l'inverse : la couleur des accords prévaut sur la mélodie.
Ceci a 3 conséquences importantes :
1) les thèmes de la musique modale sont assez souvent des mélodies simples ou répétitives : ce sont les changements d'accords qui vont créer des couleurs différentes par rapport à la mélodie qui sert de "pivot", de "référence" (pédale modale).
2) Absence de tonalité : par exemple, enchaînement EM7 / DM7 / CM7 (note : jouer E lydien , D lydien , C Lydien).
3) Dans la musique modale, la densité d'accords est faible comparativement à la musique tonale ou polytonale. En effet pour qu'un climat modal s'installe, l'accord (ou la cellule de 2 accords, voir par exemple « So What ») doit durer suffisamment longtemps (deux mesures minimum à tempo moyen).
Pour improviser sur un morceau modal on aura en principe une approche modale, bien qu'il soit possible d'avoir une approche tonale si le morceau ne comporte pas de changements de modes trop fréquents (par exemple sur « So What » il est envisageable d'utiliser les gammes de C majeur et C# majeur, bien que ça n'ait aucun intérêt).
Approche modale sur musique tonale
Jouer les différents modes correspondant à chaque accord sur un morceau tonal, reviendrait à jouer globalement dans la tonalité du morceau : il est donc, dans la majorité des cas, inutile d'avoir une approche modale sur les morceaux tonals. Par exemple sur une cadence en C : Dm7 / G7 / CM7 : jouer successivement D Dorien / G Mixolydien / C Ionien revient à jouer la tonalité de C majeur : il est beaucoup plus efficace de concentrer son attention sur le phrasé en utilisant la gamme de C majeur, que de se concentrer sur les différents modes : les modes ne servent pas à jouer tonal !
Néanmoins, si la séquence tonale est suivie d'une modulation, c'est à dire un passage temporairement dans une autre tonalité : il peut être intéressant d'avoir une « approche modale », ce qui revient à jouer le mode correspondant à l'accord qui module, avant de revenir en C majeur. Par exemple, si la cadence en C est suivie d'un accord de EM7, il conviendra de jouer un mode de E Lydien sur EM7.
L'approche modale peut dont aider pour improviser sur un morceau poli-tonal.
Sur un morceau tonal on peut aussi avoir une approche modale pour enrichir ponctuellement le phrasé, sous réserve que ça n'aille pas trop vite :
Si le "5" d'une cadence (soit le G7 en tonalité de C) dure suffisamment longtemps pour qu’il soit musicalement pertinent de phraser un peu « out », alors on peut utiliser un mode G super-locrien. Ce n’est plus une « approche tonale », c'est une « approche modale » sur un morceau qui reste quand à lui tonal (cadence).
Note : jouer G Mixolydien sur le G7 d'une cadence en C : reviendrait à rester dans la tonalité de C, inutile donc de l'appeler Mixolydien.