Bonne lecture!!!
Fiche technique :
Domaine disciplinaire de l’objet : Lutherie
Type d’objet : Guitare romantique à 6 cordes simples
Titre de l’objet : -
Artisan : Grobert
Dates de naissance et de mort : -
Pays d’origine du créateur : France
Lieu de pratique du créateur : Paris, France
Matériaux de l’objet : pin, palissandre, ébène, ivoire, métal
Technique de fabrication : Techniques artisanales traditionnelles
Dimensions de l’objet : Longueur totale : 92 cm; longueur de corde vibrante : 63,5 cm; longueur de la caisse : 44 cm; Largeur de la caisse : épaules : 22,4 cm; taille : 16,3 cm; hanches : 29,5 cm; épaisseur de la caisse : 7 à 7,8 cm

Description :
Cette guitare est une guitare romantique faite entre 1820 et 1830 par le luthier Grobert qui pratiquait dans la ville de Paris. Elle est d’une allure générale très sobre et comporte six cordes métalliques simples. La rosace est constituée de dix filets d’ébène et dix filets d’ivoire qui s’alternent pour créer un effet de rayures circulaires. Le même principe a été utilisé pour faire les filets du contour de la caisse sauf qu’il y en a cinq de chacun. La table d’harmonie est faite d’un bois résineux, les spécialistes suspectent que ce soit de l’épicea mais la nature de la matière n’est pas définie. Le dos de l’instrument est en épinette(épicea) et il est plaqué de palissandre. Les éclisses quant à elles sont entièrement faites de palissandre. Le manche et la tête sont plaqués d’ébène. Le bois en dessous reste inconnu car les conservateurs de la Cité de la Musique à Paris n’ont pas voulu endommager l’instrument. Le chevillier est aussi plaqué, mais cette fois-ci d’ivoire. Les chevilles sont constituées d’ébène et la touche, en ébène aussi, comporte 18 frettes en métal, ce qui était une première à l’époque. De plus, les barrages internes transversaux sont le résultat d’une expérimentation de l’artisan. Sur la table d’harmonie sont inscrites deux signatures de musiciens : celles de Nicolo Paganini et de Hector Berlioz. Ils ont été tous deux possesseurs de l’instrument. Sur le talon du manche à l’intérieur de la caisse ainsi que sur le premier barrage sous la rosace se retrouvent des marques au fer faites par l’artisan où nous pouvons y lire : «GROBERT / A PARIS».
Liens avec les différents contextes :
Tout d’abord, il faut prendre en compte que c’est dans un contexte post-révolutionnaire puisque la Révolution française a eu lieu en 1789. Avec les droits de l’homme, on arrive à une nouvelle manière de voir les choses qui est plus tournée vers les individus. Le romantisme est une sorte d’égocentrisme autour de l’homme. On arrive aussi aux premières pensées communistes et il y a une troisième classe qui émerge c’est-à-dire la classe moyenne. Celle-ci ne peut pas s’acheter des instruments de luxe donc ceux de la gamme moyenne sont davantage recherchés. C’est probablement la raison qui explique pourquoi plusieurs composantes de la guitare de Grobert sont faites d’un bois moins coûteux pour être ensuite plaqué de matériaux plus dispendieux. Ce type de procédé était aussi utilisé en ébénisterie pour les mêmes raisons. Cela peut aussi expliquer pourquoi l’instrument est d’une grande sobriété et que la rosace est extrêmement fine et peu travaillée. C’est beaucoup plus classique. La perte d’ornementation d’une part baisse le prix de la production et d’une autre part le type d’esthétisme recherché est plus épuré puisque nous sommes dans un contexte qui fait office de rupture avec l’époque baroque et rococo. Ensuite, en pleine industrialisation, le contexte témoigne d’une époque d’expérimentation et d’innovation. Ceci justifie grandement le fait que les frettes soient au nombre de 18 et qu’il y ait 6 cordes, ce qui ne s’était jamais vu dans le domaine de la lutherie auparavant. De plus, elles sont en métal et l’industrialisation a porté les différents domaines à utiliser l’acier ce qui s’est surtout vu au niveau de l’architecture pour créer de nouvelles structures. Justement au niveau structurel, cette guitare arbore un nouveau style de barrage qui n’a jamais été défini ni répertorié puisqu’il se retrouve exclusivement sur cette guitare. Ce type de barrages transversaux rappellent le problème structurel retrouvé à l’époque gothique où l’on souhaitait alléger les murs pour y mettre des vitraux. Nous étions donc en pleine recherche structurale.
Pour suivre, cette guitare s’est retrouvée aux mains du luthier français Jean-Baptiste Villaume, l’un des plus grands luthiers du XIXe siècle. Villaume recherchait surtout à percer le mystère des violons italiens de l’époque baroque, mais le fait qu’il ait possédé cet instrument démontre qu’elle était une expérimentation de Grobert car il était très curieux et il était toujours à l’affût de tout ce qui se passait dans le monde de la lutherie à l’époque. Contrairement au rococo où on exposait la richesses, la période romantique est une période d’introspection où on recherche à l’intérieur. Donc, cette guitare a dû aussi intéresser Villaume par le son en premier puisque c’est une composante, bien qu’invisible, interne de l’instrument. Paganini quant à lui, il était un grand virtuose. Extrêmement rapide et puissant, il ne recherchait pas un instrument d’une beauté divine mais plutôt un qui soit très efficace et qui a un bon fonctionnement. Pour cette raison, nous pouvons en déduire que la guitare devait être d’une lutherie bien appliquée avantageant le jeu. Qu’il ait donné cet instrument à Berlioz est très intéressant car ce dernier est considéré comme étant l’un des plus grands représentants du romantisme européen. Il était compositeur, écrivain mais aussi critique.
Dans un autre ordre d’idée, la guitare romantique était surtout jouée seule car on ne l’entendait pas dans un orchestre. Ce qui était surtout mis de l’avant c’était l’expressivité du jeu mais aussi le côté intraverti du musicien romantique. Il n’est pas difficile de se faire l’image d’un musicien prenant sa guitare pour aller jouer seul en retrait un peu dans un esprit de méditation. Les artistes travaillaient beaucoup sur la subtilité et sur l’interprétation. D’ailleurs, c’est à cette époque que la notation des partitions de musique a débuté. Les nuances comme le crescendo, décrescendo, piano et pianissimo étaient très exploitées. De ce fait, dans le répertoire musical de l’époque, on retrouve les deux extrêmes :
Il y a ceux qui recherchaient la puissance avec les instruments à vent, puis ceux, comme Chopin, qui allaient dans un courant plus intime et introspectif. Notamment, le piano était l’instrument soliste de prédilection de même que la guitare car ceux-ci sont autosuffisants. Le terme «autosuffisant» accentue l’individualisme où l’être humain peut vivre sa propre pensée et sa propre vision des choses en se démarquant de la masse contrairement aux autres cités plus humaniste et communautaire comme le néoclassicisme. De plus, dans l’ère du romantisme, les artistes ne signaient plus leurs œuvres car ils souhaitaient que celle-ci se dégage d’elle-même et qu’elle ne soit pas noyée dans l’agglomérat. Les romantiques faisaient une œuvre pour qu’elle soit originale. L’originalité est un point très important car cette notion est née au XIXe siècle et c’est une fois de plus un principe propre à l’individu. D’une autre part, par la naissance de l’originalité va apparaître la reconnaissance du travail et on pourra dire : «Lui, il est différent.» Les artistes romantiques vivaient une sorte de nostalgie de la campagne et de l’époque médiévale car c’était une époque où il y avait un peu plus de spiritualité, la renaissance et le romantisme c’était beaucoup plus scientifique. À cause du contexte économique, les artistes tendaient à revenir à des aspirations spirituelles. Une fois de plus c’est un rappel vers le délaissement du critère esthétique au profit du son de l’instrument.








